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Un article d’Olivier Grignon : Perspective 1


PERSPECTIVES 1 - Olivier GRIGNON - 19 décembre 2007

Pour introduire mon propos, je voudrais vous offrir un aphorisme saisissant que j’ai trouvé chez Roubaud. Ce n’est pas un aphorisme de Roubaud ; il l’a pris à John Cage. John Cage dit la chose suivante : « Si un bruit ne vous plaît pas, écoutez-le. » Je dois hélas constater que malheureusement, trop souvent, les analystes font exactement le contraire.


Je veux mettre sous le poids de cet aphorisme mes perspectives. Perspective, c’est un mot qui me plaît bien ; non pas que je vous invite à faire de la géométrie projective, mais parce que, au moins dans la géométrie projective, on se trouve dans trois dimensions. Comme disait Lacan, à quoi bon évoquer une quatrième ou une cinquième, alors que déjà on ne sait pas très bien comment faire avec trois. La plupart du temps, on vit dans deux dimensions. À trois dimensions, on est déjà dans le sens du réel.



Plus platement, les perspectives actuelles, pour la psychanalyse et en-dehors de la psychanalyse, peuvent paraître assez sombres. J’évoquais lors de l’assemblée générale du Cercle freudien ce qui m’apparaît comme une espèce de suicide collectif, le genre de suicide collectif qui résumerait aujourd’hui la politique aux aventures de Nicolas et Carla ou aux Guignols de l’info. Sombre également – mais c’est lié bien sûr – c’est ce qu’on peut constater comme une sorte de virage, de mutation ontologique produisant une nouvelle fiction anthropologique qui nous mène actuellement à vivre dans un monde qui, à mon sens, n’a jamais été autant liberticide – comme d’habitude, au nom de notre plus grand bien....



Ces perspectives qui nous paraissent sombres, qui sont celles que nous évoquons sans cesse, à mon avis, il faut les tempérer pour au moins deux raisons. La première tient à ce que j’appellerai le savoir des « mystères ». Ce que j’appelle le savoir des mystères, c’est que de tout temps, certains se sont senti appelés à être initiés aux mystères. Je ne vois pas pourquoi je ne prendrai pas ce terme antique pour désigner un aspect des savoirs qui nous importent. Après ça, chacun en fait ce qu’il en veut ou ce qu’il en peut – retourner vaquer à ses occupations, par exemple.


Au cours des âges, le mystère change de nom. Avec Freud, il s’est appelé le meurtre du père, et puis ça s’est développé : tuer une signification impérialiste, un sens qui me préexiste et m’interprète, et donc désêtrifier le sujet supposé-savoir. Il me semble ainsi que la substance même des mystères, c’est l’aliénation. Être initié aux mystères, c’est la désaliénation.




[Article mis à jour le 3 octobre 2011)