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Robert WALSER et Blanche-Neige

par Sylvette Gendre-Dusuzeau


Cette réflexion à partir de la pièce de théâtre en vers, Blanche-Neige de Robert Walser, a pris forme au cours du séminaire « Conter la psychanalyse » dans lequel furent explorés, en lien avec notre clinique, divers aspects psychiques des liens de mère à fille et de fille à mère, dans le contexte d’un père absent, d’une manière ou d’une autre, ainsi que la question du narcissisme, ses impasses et ses avancées du côté mère et du côté fille, dans l’éclosion adolescente du féminin vers le désir de l’autre. Ce fut la rencontre avec des fantasmatiques archaïques sous-jacentes aux mouvements de séparation, visant à une séparation « suffisamment bonne ». L’analyse de l’intérêt porté à Blanche-Neige par un homme, tel qu’en témoigne cet écrit de Robert Walser, ne pouvait qu’enrichir notre écoute de ces problématiques.

Une drôle de « dramolette »

Dans sa pièce de théâtre qu’il nomme « dramolette », Robert Walser met en poème les événements passés de l’histoire de Blanche-Neige qui ont précédé l’arrivée du prince. Il fait commencer son conte à la fin, après l’épreuve de la léthargie de latence dans le cercueil de verre dont vient de la faire sortir le prince tout amoureux. Or Blanche-Neige ne peut passer à l’étape du bonheur attendu : « ils furent heureux etc… » car son passé pèse trop lourd et rend indisponible son désir pour le prince.

La perspective de Robert Walser est subjective, voire même subjectivante dans sa réécriture de Blanche-Neige, très beau texte poétique qui joue avec les confins du délire, de la folie et des retournements fantasmatiques.

Ce texte est construit en spirale et fait repasser Blanche-Neige par des moments obligés de son histoire avec sa mère, en cherchant des ouvertures à la répétition traumatique de la tentative de meurtre dans la forêt que Robert Walser remet en scène.

J’ai donc lu ce texte une première fois en espérant trouver une réponse fantasmatique masculine à cette histoire de Blanche-Neige. En fait, j’ai été happée par le texte que j’ai entendu d’abord comme le récit d’une jeune fille venant consulter après un événement traumatique : la double tentative de meurtre de sa mère par empoisonnement d’abord (la pomme) puis par la dague de son amant (le chasseur) ensuite.

À l’écoute de Blanche-Neige

Je vais essayer de restituer ici, dans leur déroulement, les enjeux psychiques du texte qui font apparaître les mobiles qui sous-tendent la crise dans laquelle Blanche-Neige adolescente se trouve prise. « Dis, tu es malade ? » commence la reine. Blanche-Neige : « Quelle question quand vous n’avez que vœux de mort pour la trop belle qui blesse à tout instant vos yeux. À quoi servent ces doux regards ? La bonté qui sort toute aimante de vos yeux n’est que faux-semblant. Votre douceur de ton est feinte. La haine habite votre cœur. Vous avez mandé le chasseur pour moi, pour qu’il lève sa dague sur ce visage haï de vous. […] Malade, moi ? Non, je suis morte. La pomme empoisonnée fait mal. […] Malade, alors, moi, raillez-vous ? »



[Article mis à jour le 12 mars 2010)