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Radmila ZYGOURIS : L’ordinaire, symptôme (Ed. d’octobre, 2012)


Radmila Zygouris a été l’une des fondatrices de la Fédération des Ateliers de Psychanalyse en 1982.

Son livre, que Pierre Babin édite, retrace toute cette période jusqu’à maintenant, en se centrant sur « L’Ordinaire », revue psychanalytique marginale au sein de l’École Freudienne de Paris, que l’auteure fonda avec Francis Hofstein, et dont les articles ne portaient pas la signature de leurs auteurs.

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Voici ce qu’en écrit Daniel Daydou le 10 juillet 2013 :

J’aime bien sa construction : des textes parus de 1974 à 1979, et chaque texte de l’époque est interrogé en notre temps. Cette interrogation fait la part du chemin qui se fait. Ils nous disent que la psychanalyse n’est pas science de textes, avec variante. C’est la « science » de la parole qui se dégage du langage imprimé, dans un corps ânonnant, pour devenir le langage de quelqu’un, ici présent maintenant.

J’aime bien entendre la gouaille que ce texte véhicule. Bien sûr que nous reconnaissons R.Z., avec sa gorge, elle gratte avant de lâcher sa salve qui rend les corps présents-vivants, qui bouscule. Bien certain que P.B. soutient ça, par la vivacité de l’interrogation. Il faut accepter de se dé-ranger. Non, les humains ne sont pas faits pour vivre en rangs serrés et mourir aux champs d’horreur. Ils vivent pour se reconnaître avec quelques autres et entendre la rumeur du monde.

J’aime bien aussi le temps de lire que demande chaque séquence : trois quart d’heure voire une heure. Ce sont des périodes que nous connaissons bien maintenant. Nous fûmes introduits à la psychanalyse en séquences plus courtes.

C’est un livre qui demande aussi patience et souffle, et qui fait gamberger sur « ordinaire » (cf.Vincent Perdigon en sa présentation du livre le 2 février 2013). C’est la page 175 qui nous éclaire sur ce que fut le sens de cette revue ouverte aux psychanalystes et/ou analysants.

« L’ordinaire du psychanalyste a été la publication de cette parole restée sans accueil. Et, par conséquent, on peut dire que ce ne sont pas les seuls analysants ayant effectivement écrit qui sont à l’origine de ces textes, mais tout autant leurs analystes, qu’ils le veuillent ou non. »

- Oui, il se peut que les psychanalystes en créant leurs institutions proscrivent tout un champs-chant de la parole.

- Oui, le « discours instituant » dans les années 1974-1979 était « une analyse, ça coûte cher ! »… C’est-à-dire pas fait pour les fauchés : Madame Victoire… que faisiez-vous en ce lieu « une analyse ça doit coûter cher », que ça se sente, que ça prive (un peu ou beaucoup), que ça fasse mal ? Qu’en pensez-vous Minie Proxime ?

- Ben oui je pense que cette revue a contribué à ouvrir la psychanalyse. Elle témoigne du travail avec des personnes dont S.Freud, et même ses successeurs immédiats, ne pouvaient se représenter les capacités à entrer dans cette découverte. « Trop humaine » aurait pu dire Friedrich Nietzsche. Peut-être bien que c’est vrai que l’argent n’est pas une entrave à la psychanalyse. D’ailleurs quelques quinze ans plus tard, Lucien Israël pourra dire : « dans chaque H.L.M de Strasbourg, il y a un psychanalyste »

Boiter n’est pas pécher

Cette ouverture de l’entendre du psychanalyste est poussée jusqu’à « entendre le délire ». Ce qui peut se lire pourrait s’entendre, en souhaitant que le médical soutienne cette démarche du patient (Charlie). Utopie ? vraisemblablement encore aujourd’hui… cependant… nous avons entendu Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillère Histoire et Trauma et Mère folle.

Il me semble vraiment que cela est une manière de nous dire que la psychanalyse, ça travaille, mais pas sur du papier. La psychanalyse, quoiqu’on veuille en dire, n’est pas une technique dans la mesure où « l’on peut dire que ce ne sont pas les seuls analysants ayant effectivement écrit qui sont à l’origine de ces textes, mais tout autant leurs analystes, qu’ils le veuillent ou non ». Le psychanalyste n’est pas un technicien qui manipule comme s’il savait, mais il est embarqué dans un travail difficile où son savoir est à la peine. Il me semble, qu’avec nos auteurs, Jean-Bertrand Pontalis le dit bien dans plusieurs passages de Laboratoire Central paru récemment.

Nous sentons bien que ce travail ne fut pas fait « en chambre », il y aussi Francis Hofstein… et d’autres sans doute. Mais quand R.Z. prend la parole, elle la risque seule, elle vit pleinement ce qu’elle a dit en d’autres lieux : « chaque analyste dans sa pratique, doit se sentir responsable de la psychanalyse ».

Oui, la peur existe (cf. Charlie) et je me souviens de sa parole : « ta peur ne me fait pas peur ». Comme dirait la chanson : « on a chacun la sienne »… P’être qu’voui ! l’essentiel est de ne pas « se la refiler » en serrant les rangs… mais de penser à la débusquer « in lavorando gli unicon gli altri ».

Je veux terminer en souhaitant que les séminaires de R.Z. soient publiés. Nous n’y découvrirons pas sa théorie, je ne crois pas à chacun sa théorie, c’est un « bandage » vain. Mais nous trouverons son temps de traversée en psychanalyse.

Dans ses séminaires, il lui arrive de redéfinir des concepts, ce faisant elle les ajuste à la pratique en son temps. Sil nous reste un peu d’humour, je dirais que le cross cap de J. Lacan c’est cela : les concepts de la psychanalyse plongés en tel milieu et tel temps s’irisent de telle façon… Cette future publication nous permettrait d’avoir un ou deux livres de plus à feuilleter ou effeuiller, en oreiller ou projectile. Il faut bien que vive l’injonction de Gide : « jette mon livre Nathanaël » pour continuer de s’ouvrir et d’ouvrir la psychanalyse.

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Cet ouvrage (Ed d’octobre, 2012) est en vente à Paris et Toulouse dans les librairies suivantes :

Comme un roman, 39 rue de Bretagne, 75003 Paris

La Compagnie, 58 rue des Écoles, 75005 Paris

Tchann, 125 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris

La Terrasse de Gutemberg, 9 rue Emilio Castelar, 75012 Paris

L’arbre à lettres, 56 rue du faubourg Saint Antoine, 75012 Paris

L’atelier, 2bis rue Jourdain, 75020 Paris

Les ombres blanches, 50 rue Gambetta, 31000 Toulouse.

Des dépôts sont envisagés dans d’autres librairies. Nous vous en tiendrons informés.

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Éditions d’octobre

28 rue Sedaine

75011 Paris

Mailto doctobre yahoo.fr



[Article mis à jour le 28 novembre 2012)