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Point de vue : psychanalyse laïque… n’est-elle pas la seule position possible ?

par Dominique Gaucher


À une époque où les revendications religieuses viennent de plus en plus souvent rabattre la capacité de création et le libre arbitre de chacun d’entre nous, avec des dogmes, des règles et des interdits, il me parait intéressant de revisiter, pour ce qui nous concerne, le concept de laïcité.

Le concept de laïcité, tant utilisé actuellement dans le débat politique, est doucement et continuellement dévoyé de son sens premier. De plus en plus souvent, laïc est utilisé abusivement à la place d’athée comme antonyme de religieux. Ce qu’il n’est pas. Pis encore, pour ses détracteurs, le « laïcisme » est l’équivalent d’une nouvelle religion avec ses intégristes : les démocrates. Rappelons-nous que laïc vient de la racine grecque laikos, c’est-à-dire qui appartient au peuple, au citoyen… vaste programme ! Mais qu’en est-il pour nous, analystes ?

Pour Freud, la laïcité qualifiait une psychanalyse qui savait se défier tant du champ médical que de celui du religieux. Aujourd’hui, la situation a-t-elle évolué ? La revendication d’une psychanalyse laïque n’est-elle pas dépassée ? Sur ce point, l’amendement Accoyer, par son outrance, nous a tout de même réveillés. Il nous a montré, qu’en plus du religieux et de l’académie de médecine, se sont adjoints maintenant le Politique, l’Université, le Marché. Tous ces acteurs pensent toujours à nous et en particulier à notre formation comme si nous n’étions pas capables de la penser par nous-mêmes. Sommes-nous, d’ailleurs, capables d’en dire quelque chose de constructif en ce moment à la Fédération des Ateliers de Psychanalyse ? Capables de tenir perpétuellement la tension entre formation et transmission ? Rien n’est moins sûr.

La Laïcité est donc le refus de tout dogme comme principe directeur de la pensée. C’est un creuset, un contenant dans lequel peuvent se développer des pensées les plus diverses, religieuses ou autres. C’est le lieu du dialogue. Le refus de tout dogme, c’est-à-dire la laïcité, nous est souvent présenté par les intégrismes de tous bords comme l’équivalent du chaos, le glas de la civilisation. Ce qui est faux ! le refus du dogme n’est pas le refus de la forme : de représentations, de la recherche de sens, d’idéaux etc.

Le refus de l’évangile du dogme… doit susciter notre attention permanente, être une boussole dans toute pratique analytique. C’est grâce à cela que la psychanalyse peut être laïque. Trancher entre le « bien » et le « mal » n’est pas la fonction de l’analyse et je ne crois pas exagérer en pointant cela du doigt ! Trop de débats sur l’homoparentalité, la procréation assistée ou encore l’euthanasie où d’autres encore font appel à de nouveaux prêtres médiatiques, censeurs moraux : les psychanalystes. Ces derniers deviennent porteurs de la « bonne parole », gardiens de l’ordre symbolique, apparaissant du coup comme ordre moral. Cette confusion entre « garde-chiourme » et « garde-fou » transforme inéluctablement notre pratique en religion et a forcément de grandes conséquences sur nos pratiques quotidiennes.

C’est pour cela que revendiquer une psychanalyse laïque a été, est et sera toujours d’actualité. Les enjeux multiples de cette revendication sont en relation avec notre liberté de pratique, notre esprit critique et nos singularités.

Dominique Gaucher

Paris, 2011



[Article mis à jour le 1er décembre 2011)