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1er novembre 2014 : meeting du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire


Voir en ligne : http://www.collectifpsychiatrie.fr/

Fédérer les résistances pour une hospitalité suffisamment bonne pour la folie.

Collectif des 39

Meeting du 1er Novembre 2014

Résistance Maison de l’arbre

9 rue François Debergue - 93100 Montreuil de 9 h à 17 h.

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Programme

Zip - 395 octets

Préambule : Il y a nécessité de porter une autre parole au niveau médiatique et politique sur la conception actuelle de la folie. Il est important de soutenir les travailleurs, les équipes et les citoyens qui résistent aux attaques du lien et de la relation. Il est urgent de rassembler nos forces pour mener les actions indispensables.

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Nous nous sommes réunis et levés une première fois contre l’anathème, en provenance de la plus haute autorité de l’État, frappé à l’encontre de la folie. Paroles prononcées dans l’enceinte même d’un service de soin et dont nous espérions qu’elles ne relevaient que d’un accident de la démocratie en acte : un président élu par le peuple distillait la peur, installait un climat sécuritaire espérant ainsi incarner la figure du protecteur de ce peuple qu’il lui fallait créer à la mesure de ses petits accès d’agitation despotique.

39 nous étions ce vendredi-là, 39 alertés par l’insupportable, unis par le nombre, sans règlement associatif, parce qu’un nombre représente la multitude, nous étions nombreux ce soir-là à nous élever « contre la nuit sécuritaire » de plus en plus nombreux et multiple, déjà portés par cette hétérogénéité des disciplines et des parcours.

Mais il n’y a pas de pente despotique possible sans servitude volontaire, et au plus près de nos pratiques nous avons dû faire front, non sans difficultés, contre le déplacement en miroir de la figure de la folie dangereuse vers sa résolution en obéissance servile, soit de la schizophrénie dangereuse à l’autisme rééduqué.

Et puis le personnage en haut de l’État sous la pression populaire a changé. Nouvel élu qui s’était présenté comme celui du changement.

Issus du contexte, nous en avons tenu compte, nous avons déplacé en partie nos énergies vers l’accueil de la différence et de la folie. Nous avons œuvré par le débat, les rencontres, le soutien, les pétitions... pour que l’accueil et le soin n’interdisent pas aux plus engagés de tenter de concilier, chacun au plus près de ses œuvres, de ses constructions, de ses pratiques institutionnelles, la question toujours à renouveler entre demandes sociales et aspirations individuelles et cela avec l’aide de la multiplicité du nombre.

Nos salutaires divergences et origines à l’intérieur de notre multitude ont soutenu l’hétérogénéité nécessaire pour maintenir les questions contre l’aveuglement toujours présent au sein de la réassurance par le dogme.

Nous n’avons jamais proposé l’uniformisation des pratiques sous couvert d’une théorie de la vérité institutionnelle ou psychique, que cela ait pu l’espace d’un instant, d’un espoir, d’une fougue traverser l’un d’entre nous, voire un groupe, ne fait que témoigner de la complexité du politique, ce dont la multitude qui est nôtre, nous a, en fin de compte, protégés.

Cette hétérogénéité n’empêche pas l’implication, les croyances, le combat, au contraire même elle permet d’en promouvoir le dynamisme en refusant d’imposer de l’extérieur un modèle à qui que soit qui ne s’en saisirait pas à sa façon, à sa mesure, redonnant aux espaces de travail leur index de liberté, de création, d’œuvre humaine.

L’idée d’une alternance politique, présente depuis quelques décennies, avec son vécu différent selon les uns et les autres avait peut-être créée une petite respiration limitant l’installation en continu de ce qu’on pourrait désigner d’une politique du pire, soit une politique où le peuple ne serait que la somme algébrique d’éléments à gérer comme de simples objets interchangeables. Force est de constater que cette alternance n’a pas eu lieu et l’air est devenu un peu plus irrespirable.

Assez rapidement, dans la suite de la mise en scène de l’inconsistance de la valeur des mots par l’État, en tant qu’ils permettent d’ouvrir au débat politique, au partage de la quête de sens, et cela sous couvert d’une supposée vérité venue d’ailleurs et indiscutable, le corps des surveillants en tous genres s’est majoritairement ( certains ont démissionné, refusé...) libéré de toute éthique.

La gestiocratie a été promue aux commandes, elle s’avance sans retenue parée de la monstruosité des experts en gestion humaine, notre vie serait prescrite, encadrée, évaluée, bref comportementalisée.

Depuis un peu plus d’un an, l’assurance de la non-alternance a libéré les contrôleurs du désir humain, les petits jouisseurs de la destruction de la vie et des rêves des hommes. Le petit nombre impliqué dans les pratiques, pas plus nombreux que ceux qui s’étaient battus contre la monstruosité asilaire, que ce soit dans le public ou dans le privé, avait non sans quelques difficultés, pu depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, dans la suite du Conseil national de la résistance, construire leurs alternatives.

Extrême importance de cette possibilité qui empêchait la grande masse de s’endormir trop tranquillement dans ses routines aliénantes.

Depuis un peu plus d’un an, la haine encore retenue par la lâcheté de la servilité des officiants textuels, s’est sentie autorisée à coloniser tout ce qui s’était construit au nom d’une profonde implication envers l’accueil de la différence et plus largement contre tout ce qui échappait au moule d’une science et d’une morale d’État. La collusion entre les restrictions budgétaires et les recommandations de l’HAS, dans ce contexte de déficit démocratique revendiqué, donne toute son ampleur aux passages à l’acte de la horde des bureaucrates qui nous dicte nos conduites humaines.

Le temps de la promotion des médiocres, des jalousies, des rancœurs bat son plein, les techniciens de l’évaluation, de la recommandation autoritaire, peuvent faire œuvre de normalisation comme cela fut à l’acmé du totalitarisme soviétique. La Haute Autorité de Santé est le centre organisateur du mouvement des troupes d’occupation qui organisent le contrôle et commencent à imposer ses interdits dans notre territoire des libertés de penser et de faire.

Un de nos proches a heureusement combattu et donné l’alerte quand dans son C.M.P.P. à Orly, une formation a été refusée par l’A.R.S. parce que hors recommandation.

Ne nous y trompons pas cet acte est d’une extrême gravité, il témoigne d’une bascule de la question démocratique vers une vérité scientifique permettant de gérer les hommes, bien évidemment pour leur bien, foi d’expert ! Ces mêmes experts dont Cornelius Castoriadis disait d’eux qu’ils étaient appelés à en dire toujours plus à partir de toujours moins. Ils proposent l’uniformisation des réponses, qui plus est, ils confondent soin et éducation et limitent cette dernière à des techniques désuètes d’obéissance aux ordres, ils osent appeler cela l’égalité. Le voile noir d’une hétéronomie, d’un hétéronomos, de lois supérieures qui nous gouverneraient et sur lesquelles nous n’aurions plus rien à dire, commence à recouvrir les institutions concernées par les œuvres solidaires, à la mesure des lois économiques qui, sur ce même mode, s’imposeraient à nous.

Ce voile noir dans son effectivité porte un nom, celui qu’Hannah Arendt a révélé : « La banalité du mal ». Ce concept, s’il a été énoncé par rapport à un contexte bien précis, trouve une actualité contemporaine dans l’inhumanité en extension, les haines de l’altérité qui s’installent.

Car en effet, tel est l’œuvre des bureaucrates et technocrates appliquant sans sourciller des « recommandations » sous couvert de « bonnes pratiques » homogènes et uniformisantes. Si nous n’y prenons garde, c’est de fait ce qui est en train de s’instaurer dans le champ des soins en psychiatrie et dans le champ social.

Nous devons compter plus que jamais sur la force de nos rêves, sur ce que Gaston Bachelard appelait le surrationalisme, la question de l’homme, du commun, de l’homme dans ses rêves d’humanité qui ne saurait exister sans l’enseignement infini des questions posées par la folie.

Nous devons fédérer nos rêves pour résister à l’occupation de nos libertés de conscience.

Nos prochaines journées, si nous voulons continuer de rêver et d’exister, ne pourront être que de combat.

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Au cours de ce meeting seront évoqués plus spécifiquement plusieurs thèmes. Ce premier :

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Pour une hospitalité à la souffrance de l’enfant

Depuis l’arrivée du DSM III, le champ de l’enfance et de l’adolescence n’a cessé d’être l’objet d’expérimentation d’une psychiatrie évaluatrice, médicamenteuse et rééducative. Le plan Autisme, les recommandations de l’HAS et les attaques contre la psychanalyse ne sont que les branches d’un même arbre qui cache bien mal la volonté de démanteler tout accueil de la singularité .

D’après certains démographes de la santé, la demande de consultations se serait multipliée par dix en quelques années. Il est de notre devoir de nous interroger sur cette demande - ses causes et ses conséquences - que la société adresse avec ses enfants.

En France, la loi du 2 janvier 2002 a ouvert le champ du médico-social (c’est à dire une immense part de la souffrance enfantine) et de la pédopsychiatrie à la logique du marché :

A) Par la réification d’un « usager » (parents et enfants indistinctement) et l’élimination du symptôme derrière le handicap, c’est à dire par l’escamotage de la subjectivité. B) Par l’instauration de la « démarche qualité » qui prétend évaluer les prestations délivrées en regard de recommandations de « bonnes pratiques » professionnelles déterminées arbitrairement par l’ANESM (médico-social) et l’HAS. Une évaluation scandaleusement privatisée représentant un marché plus qu’attractif qu’il serait temps de dénoncer. C) Par l’instauration manifeste ou dissimulée d’un champ « hors-soins » que ce soit dans le cadre du sanitaire ou du médico-social.

La loi de 2005 instituant la MDPH est une prolongation de la précédente. La politique du handicap, malgré quelques rares avancées sociales, produit des effets pervers majeurs. Actuellement nous vivons un double paradoxe : les enfants en grande souffrance sont moins soignés, pendant qu’une foule de simples « déviants » du système scolaire sont stigmatisés en handicapés, à coup de certificats médicaux et de diagnostics psychiatriques, pour pouvoir bénéficier de renforts purement pédagogiques (type AVS, ou classes à effectif réduit). L’école, publique et privée, scolarise plus de 220 000 élèves considérés comme en situation de handicap (chiffres du rapport de la CNSA-MDPH 2012). En 2012 on comptait 88 000 « prescriptions » de AVS. L’immense majorité de ses dossiers se justifieraient pour des difficultés psychiques !

Les agités, les redoublants, les insoumis, les peu concernés par l’apprentissage - le plus souvent issus des populations les plus précaires - se voient ainsi « psychiatrisés » par la voie du handicap. Par la production de certificats médicaux pour la MDPH, les cliniciens se trouvent souvent dans l’injonction anti-éthique et liberticide d’être simultanément experts et soignants. Les rouages de l’intégration scolaire proposée par l’actuelle loi sont un formidable processus d’aliénation de chacun : où plus personne ne décide directement, où plus personne n’est concerné par les décisions et où plus personne n’est responsable.

La pédopsychiatrie doit rester le lieu d’accueil de la souffrance psychique enfantine, quand elle ne peut plus être entendue pour ce qu’elle est : un moyen désespéré, par le corps, par le comportement, par la parole abimée, de faire entendre que « ça ne va pas ». Il nous faut nous opposer ensemble aux connivences et aux renoncements qui détruisent notre raison d’être soignante et qui parfois, il faut bien le dire, viennent cacher la misère de la clinique.

La conjonction de ces trois références (DSM, marché, handicap) en produit une quatrième : la prescription médicamenteuse dès le plus jeune âge (amphétamines, neuroleptiques, etc.) et la surmédicalisation scientiste qui l’accompagne (imagerie médicale, génétique, investigation électro-numérique, diagnostiques biologiques de Dys- -lexies,-calculies,-praxies,etc.) le plus souvent très éloignée des réalités quotidiennes des enfants.

C’est pourquoi, le Premier Novembre, le Collectif des 39 proposent de rassembler nos forces, d’échanger nos expériences, de rompre l’isolement des acteurs - infirmiers, éducateurs, rééducateurs, psychologues, pédopsychiatres, enseignants, cadres administratifs et parents - concernés par la situation de la souffrance psychique de l’enfance et de l’adolescence.

— Pour un front uni du service public, sanitaire et médico-social et pour la continuité des soins.

— Pour la pérennisation des moyens des inter-secteurs de pédopsychiatrie.

— Contre la privatisation à but lucratif de des prises en charge en pédopsychiatrie.

— Contre la récupération de la clinique par une politique du handicap quand elle transforme les marges en anormaux.

— Contre une pensée unique, pseudo-experte et bureaucratique. Contre le DSM5, la CIM10 et la pensée classificatoire appliquée aux enfants et aux adolescents.

— Contre la médicalisation et la médication outrancière des enfants par les psychotropes.

— Pour une remise à plat démocratique de l’arsenal législatif concernant l’enfance : Loi de 2 janvier 2002, loi de 2005, loi de 2007.

« TOUS LES HOMMES NAISSENT FOUS, LIBRES ET ÉGAUX EN DROIT »

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Ce second :

Fonction soignante et Pratiques du Collectif

« Patient et soignant sont tous deux des humains. Ils arpentent tous deux la route dangereuse, imprévisible et finie de la vie. Peu de chose, symboliquement, les différencient. En pratique, ce qui les sépare est leur situation. Le patient est un humain tombé dans un fossé (un ravin, un gouffre) et souffre. Il demande de l’aide à ses proches et, parfois, à un soignant. Le soignant est un humain qui dispense des soins. Parfois c’est un geste spontané, désintéressé ; parfois, c’est un métier choisi et il en vit. Dans un cas comme dans l’autre, c’est son attitude qui fait de lui un soignant, et non son statut. » Ces paroles de M. Winckler lors de la Conférence d’éthique clinique à Paris en avril 2014, situent d’emblée les enjeux de ce qui nous rassemble : notre humanité commune (patients et soignants) et l’hospitalité nécessaire à la souffrance psychique. Pour nous, la relation est première dans toute démarche de soin. Seule garantie d’une prise en charge cohérente, elle repose sur l’existence d’espaces de travail et d’élaboration collectifs dans lesquels chacun s’engage, s’appuyant sur ce collectif dans les difficultés auxquelles le travail le confronte. Pour nous, ceci est nécessaire aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé (libéral et institutionnel. Car, l’existence d’une fonction soignante ne va pas de soi, elle doit être remise en cause chaque jour pour chaque patient. Pas de recette à priori, mais une élaboration des expériences du quotidien, tant dans leur banalité que dans leurs impasses, et de façon régulière avec d’autres soignants.

On constate de plus en plus un manque d’attention à l’égard des patients et des familles, des contraintes pour imposer aux patients une continuité de ce qui ne peut plus avoir le nom de « soin ». Car le soin consiste avant tout à travailler la qualité du lien thérapeutique, ce qui est le contraire de la démarche qualité qu’on nous impose aujourd’hui. En effet, le soin ne peut être de qualité que si est pris en compte le lien des soignants avec les patients, leur famille, leur environnement ainsi que le lien des patients entre eux et celui des soignants dans l’institution qui les abrite. Or il n’y a plus d’abri pour le soin aujourd’hui.

Comment en est-on arrivé là ? Depuis 2007, avec la Révision Générale des Politiques Publiques, puis avec la Loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST), suivie en 2012 par la Modernisation de l’Action Publique (MAP), les gouvernements successifs n’ont eu de cesse de transformer le Secteur et le Médicosocial en entreprises soumises à la concurrence du privé dans des missions de service public. Ils ont ainsi transformé ceux qui se trouvent sur une route difficile, du fait de multiples facteurs autant subjectifs que sociétaux, en simples clients auxquels est faite l’offre d’un panel de réponses codifiées : le modèle hégémonique proposé est celui d’un homme dont la vie et l’existence sont réduites à un ensemble de neurones à médiciner et de comportements à rééduquer, réduisant les professionnels de la santé et du médicosocial à n’être que de simples « techniciens ».

La Haute Autorité de Santé (HAS), avec son volet « Psychiatrie » dont nous demandons la suppression, est une machine qui produit en continu des normes et des techniques qui n’ont rien à voir avec le lien thérapeutique tel que nous l’entendons, patients, familles et soignants réunis dans le Collectif des 39. La notion de « profession » et celle de « soin » sont abolies dans cette orientation.

Sur le terrain chacun assiste à un mépris du travail quotidien, de la notion d’équipe, et des professionnels. « Est-ce que la psychiatrie est là pour apprendre la tarte aux pommes ? », répondait à la délégation d’Inter-Collège des psychologues d’Ile-de-France une représentante de la Direction Générale de l’Organisation des Soins. Ou encore « Les patients ne sont pas là pour prendre du plaisir mais pour se faire soigner » entend-on ailleurs. Comme si l’objectif du soin n’était pas « avant tout, le mieux-être (ou le moins-mal-être) du patient » ! Mais alors quel serait-il ?

Ainsi, dans cette orientation que nous contestons, le socle commun des sciences humaines – qui s’associait jusque là au médical – est abandonné au profit de l’application de ces procédures opératoires et de gestes techniques qui nient l’histoire de chacune des personnes accueillies, nient sa parole et empêchent toute construction subjective.

Quel est le socle commun de ces formations obligatoires ? Le Néolibéralisme triomphant a besoin de techniciens et non pas d’humains qui pensent et réfléchissent collectivement. La compétition encouragée, toute démarche collective devient impossible voire dangereuse. Aussi sous couvert de (DPC) Développement Professionnel Continu, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé, sont appliquées comme dans l’industrie agro-alimentaire, une « traçabilité » et une « transparence », qui fusionnent dans un concept commun l’évaluation des pratiques et une formation continue obligatoire, au lieu d’une dialectique entre savoirs acquis et expériences de terrain. C’est ainsi que nous analysons la souffrance des professionnels qui ne trouvent plus de sens à leurs actions et se replient dans des actes techniques ou administratifs, abandonnant les patients, les « usagers ».

C’est ainsi que nous comprenons la gravité, parmi d’autres, des faits suivants :
- l’apparition dans le secteur médico-social de techniques de management qui font fi, comme à l’hôpital, du « prendre soin » des personnes accueillies,
- le DSM comme seule théorie de la souffrance psychique,
- le refus de formations liées à la psychanalyse (cf. le CMPP d’Orly) par des acteurs qui vont, par collaboration ou soumission volontaire, encore plus loin que les préconisations de la HAS,
- le refus de la spécificité d’une formation infirmière,
- la mise à mal des services qui pratiquent la psychothérapie institutionnelle avec suppression de postes d’internes,
- « l’oubli » de la présence des psychologues à l’hôpital dans le projet de loi de santé de septembre 2014, qui est un acte symbolique fort que nous adresse le Ministère.

Pourtant des pratiques de subversion et de résistance se font connaître à l’Hôpital, dans les Secteurs, dans le Médicosocial : elles se sont forgées au cours des années, en même temps que la logique de ces attaques était analysée et devenait plus lisible.

C’est pourquoi, nous souhaitons, dans ce Forum « Fonction soignante et Pratiques du Collectif », donner parole à tous ceux qui voudraient bien partager leurs expériences de terrain et de lutte pour récuser une telle dérive destructrice.

Venez nombreux le 1er novembre à Montreuil à La Maison de l’arbre ! www.collectifpsychiatrie.fr

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Ce troisième :

« Continuité des soins et de la relation, articulée avec le sanitaire et le médico-social »

Nous, « le Fil conducteur »*, collectif de réflexion et de propositions sur la prise en charge de la maladie psychique, invitons à participer au meeting organisé à l’initiative du Collectif des 39 le 1 er novembre 2014 à Montreuil.

Extrêmement préoccupés, inquiets, voire même révoltés par l’évolution actuelle de la prise en charge de la maladie psychique, nous considérons qu’à côté des professionnels, des représentants institutionnels ou institutionnalisés, une autre voix doit se faire entendre (cf. le Manifeste du Fil conducteur).

Le constat actuel du fonctionnement de la prise en charge des malades psychiques est plus qu’inquiétant.

Les familles, plongées brutalement dans l’univers de la psychiatrie lors d’une hospitalisation pour le moins traumatisante d’un enfant ou d’un être cher, ne trouvent le plus souvent ni soutien ni interlocuteur. Tenues à l’écart, sans explications aucune sur ce qu’est une maladie psychique, ses conséquences, qui le plus souvent sont lourdes, sur l’évolution possible, sur la manière dont elles peuvent accompagner la personne malade, elles se trouvent isolées, écartées, alors que leur proche vit une souffrance incompréhensible, insupportable. Leurs questions restent sans réponses, un diagnostic peut tomber brutalement, ou n’est pas donné, l’absence d’accompagnement ou d’écoute accroît leur angoisse légitime. Elles assistent, impuissantes, à l’enfermement et à l’isolement de leur proche, puis au parcours décousu et chaotique de soins multipliant les soignants dans les structures diverses (hôpital, hôpital de jour, foyer de nuit, maison de postcure, CMP…). Un lien thérapeutique, nécessaire pour soigner, ne peut être construit dans de telles conditions alors que la relation devrait être au centre du soin.

Le renvoi vers un statut d’aidant familial est paradoxal dans un contexte de déni de la souffrance de la famille, et des fratries, le plus souvent oubliées. Le statut d’aidant familial, qui voudrait donner aux familles l’illusion de devenir « tout à coup » compétentes alors que leurs difficultés ne sont toujours pas reconnues par la société et par un certain nombre de professionnels, est un leurre proposé au service des restrictions budgétaires qui affectent le champ du soin.

Les personnes malades vivent dans une absence de structures coordonnées des soins, qui relèvent d’un secteur psychiatrique démuni ou démotivé. Elles se plaignent aussi de ne pas être écoutées, ni entendues par les équipes soignantes.

On ne peut que s’étonner, dans ce contexte où l’obligation de soins est inscrite dans la loi, que l’absence de reconnaissance de la fonction thérapeutique préventive et curative de la relation, de l’écoute et la parole, soit absente des projets actuels de la future loi Santé.

La volonté de normalisation de la maladie psychique, présentée essentiellement comme une maladie organique dans une conception exclusivement biologique ou génétique qui reste plus que spéculative, nous inquiète par ce qu’elle pourrait entraîner de perte d’humanité dans la prise en charge. Nous maintenons la nécessité d’une complémentarité des approches dans les soins, utilisant ainsi tous les moyens possibles pour lutter contre une souffrance insensée. Nous ne voulons pas d’un parcours de soins exclusivement réduit au trio contention-isolement-médication.

Le recours à la contention, qui est un véritable traumatisme pour les patients, devient une pratique courante non questionnée et banalisée. Pire, protocolisée. Une réflexion sur le désarroi des personnels peu ou pas formés face à la maladie psychique et les situations difficiles serait probablement au moins aussi nécessaire.

Dans le contexte social actuel le manque de structures adaptées d’accueil et de soins revient à une non-assistance à personnes en danger avérée vis-à-vis de personnes fragiles.

Les difficultés sociales des patients et l’absence de réponse à leurs demandes, telles que le désir d’un lieu d’accueil, d’un logement, ou encore d’un travail, mettent les professionnels en difficulté et peut avoir des conséquences dramatiques pour lespersonnes malades et leur famille. Pour les malades au long cours, le manque de lieux de soins de longue durée se fait cruellement sentir.

Pour débattre de toutes ces questions, nous vous invitons à participer au forum « Continuité des soins et de la relation, articulée avec le sanitaire et le médico-social ».

* Le Fil conducteur associe des familles et proches de malades psychiques, des patients et des professionnels de santé, tous concernés par la place des familles dans l’accompagnement et la prise en charge de la personne malade. C’est un espace de parole émanant de l’atelier « familles » des Assises citoyennes, ou l’Hospitalité en psychiatrie et dans le médicosocial, qui ont eu lieu à Villejuif les 31 mai et 1er juin 2013.

Adresse mail : lefilconducteur.collectif39 gmail.com

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[Article mis à jour le 5 octobre 2014)

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