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Blanche-Neige, un conte ferenczien ?

par Anna Angelopoulos


Parmi les contes à héroïne, Blanche-Neige est le plus coloré, le plus proche de nos cliniques sur le féminin précoce. Sa trame narrative est tissée avec deles trois couleurs primaires qui remontent à la nuit des temps, le blanc, le rouge et le noir. L’héroïne est tantôt blanche comme neige, tantôt enflammée par la couleur du sang, tantôt plongée dans la nuit noire tandis que, dans les pays du soleil, elle n’a qu’une seule couleur éclatante, celle de la lumière du jour qui réunit les trois autres. Blanche-Neige est un récit populaire sur la fabrication du féminin, qui suscite des impressions et des émotions fortes liées de façon intrinsèque à la symbolique de ces trois couleurs.

Pourtant, il était naguère de bon ton de trouver ce conte niais, à cause de la passivité supposée de l’héroïne, de son sommeil léthargique proche de la mort dans la seule attente du Prince charmant. Pensons au livre d’Elena Giannini-Belotti, Du côté des petites filles, un texte de tonalité féministe, fort populaire il y a une trentaine d’années. Or, l’histoire de Blanche-Neige dans ses multiples versions orales – qui s’écartent généralement des Grimm et de Walt Disney – réunit un ensemble d’images fortes autour de la fabrication du féminin dans ses composantes mythiques et esthétiques.

Une partie importante des versions orales du conte explorent divers aspects psychiques des liens entre mère et fille, dans le contexte d’un père absent. Elles traitent aussi de la question du narcissisme, de ses impasses et de ses avancées pour la jeune fille vers le désir de l’autre, dans l’éclosion adolescente du féminin. Dans ces variantes-là, le conte met en scène la naissance mythique d’une fille désirée belle par sa mère, « blanche comme neige et rouge comme sang », qui n’est néanmoins représentée qu’à travers le regard du miroir maternel. Blanche-Neige apparaît alors souvent comme une image irréelle. La version princeps des Grimm ainsi que plusieurs versions populaires grecques décrivent la mère et la fille se reflétant au quotidien dans le même miroir. Celui-ci désigne toujours la mère comme étant la plus belle pendant la petite enfance de l’héroïne. Sa vie, plus tard, ne lui appartient pas vraiment, car elle est poursuivie sans cesse par cette reine maléfique qui refuse de céder son miroir au moment où sa fille devient pubère et femme à son tour, et qui la guette afin de la tuer. Dans la signification profonde du conte, c’est la mère qui est l’antagoniste principal de l’héroïne, même si on lui donne souvent la forme d’une marâtre persécutrice.

Blanche-Neige, le miroir et le soleil

Dans l’histoire de Blanche-Neige, est mise en récit la difficulté pour une jeune femme de se séparer de sa mère. Je ne rentrerain’entrerai pas pour le moment dans le débat sur la mère pré-œdipienne, représentée comme morte à la naissance de l’héroïne, que l’on trouve chez les frères Grimm et ailleurs. Toujours est-il que la “bonne mère” est absente de l’intrigue, tout au moins au moment de la puberté de Blanche-Neige.



[Article mis à jour le 12 mars 2010)