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8 janvier 2015 : soirée-débat avec Mathieu BELLAHSEN

autour de son livre "La santé mentale. Vers un bonheur sous contrôle - Préface de Jean Oury (Paris, La fabrique, 2014)


Discutant : Heitor O’Dwyer de Macedo

Ce livre passionnant présente les immenses difficultés administratives et institutionnelles auxquelles se confrontent aujourd’hui celles et ceux qui travaillent dans les établissements de soins.

Mathieu Bellahsen suit le concept de « santé mentale », depuis les courants progressistes de l’après guerre jusqu’à la réorganisation actuelle néolibérale de la psychiatrie. Le chemin parcouru va de la phrase du philosophe Canguilhem, La santé c’est le luxe de pouvoir tomber malade et de s’en relever à la définition actuelle de la santé mentale : la capacité de s’adapter à une situation à laquelle on ne peut rien changer.

La santé est devenue un droit. Et si ce droit n’est pas utilisé cela est un signe de dysfonctionnement. Cette définition positive de la santé est une injonction au bonheur ; et Bellahsen forgera le terme de santémentalisme pour condenser le paradoxe du cadre de pensée néolibéral. Le terme condense ce mélange de sentimentalisme et médiocrité qui a bonne presse et circulation fluide à plusieurs registres de l’institution de la nouvelle culture, où règne le naturalisme.

Comme l’inconscient, c’est prouvé, n’existe pas, il faut un processus industriel du traitement de la souffrance psychique, classer, gérer, normaliser. Les gouvernements renoncent au politique, donc pas de politique de santé ; on se soumet aux exigences de « la science » promues par certains « experts », au fait de l’organisation des entreprises (les hôpitaux sont des entreprises), et des dernières recherches des laboratoires pharmaceutiques – si un malade, fut-il schizophrène, ne peut pas se soigner grâce à une molécule, il n’est pas un malade mais un individu a-normal. Bellahsen parlera d’un traitement industriel de la souffrance psychique. Tout ce qui n’est pas sain selon le cadre normatif institué est malade. Il n’y a plus de continuité psychique entre le normal et le pathologique, ces deux champs sont en opposition, et celui qui se dit malade s’auto-exclut du groupe.

Voici une occasion pour interroger notre responsabilité éthique et politique en tant que psychanalystes dans la destruction actuelle des conditions d’accueil de la folie.

Heitor O’Dwyer de Macedo

Participation aux frais de location de la salle : 10 €



[Article mis à jour le 18 décembre 2014)

Note

le jeudi 8 janvier 2015 à 20 h 30 au 18 rue de Varenne, 75007 Paris