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29 novembre 2014 : après-midi débat avec Didier Robin autour de son livre « Dépasser les souffrances institutionnelles »


Chacun de nous a fait l’expérience, avec plus ou moins de malchance, de la violence des institutions analytiques, et de la complexité que peuvent prendre parfois les relations entre analystes.

Ce n’est pas parce Freud a appelé son premier groupe de travail « la horde sauvage » que nous sommes obligés de rester indéfiniment dans des rapports de sauvagerie. Ceci nécessite un travail complexe et exigeant, mais à mon sens indispensable pour l’humanisation des rapports entre analystes, et la construction de collectifs qui soient en état de défendre la psychanalyse, en permettant à des jeunes de s’installer et de se former par les biais qui nous semblent les plus adéquats, même si nous sommes pour le moment, incapables de défendre efficacement nos positions vis-à-vis du corps social.

Le livre de Didier Robin - témoignage de sa pratique récente de supervisions d’équipe en institution - est une mine de renseignements et de pistes théoriques qui méritent d’être explorées, parlant des questions telles qu’elles se posent d’aujourd’hui, et qui sont à étendre au travail dans les institutions analytiques.

Avoir des pistes tangibles pour penser ces difficultés me semble une question vitale, aujourd’hui où il est de plus en plus difficile de trouver du travail en institution – lieu où, forcément, ces questions sont au travail, et où les analystes, par leur expérience professionnelle, se forment sur ces points « de surcroît ».

Les analystes « libéraux » mesurent–ils l’enjeu qui se trouve derrière ces questions ? Penser que l’on puisse s’extraire totalement des questions de groupe ne me paraît pas réaliste, même si, évidemment, dans un parcours de formation à l’analyse « cousu main » comme nous le défendons, les temps de chaque individu doivent être respectés et que la question collective n’est qu’un des champs - parmi tant d’autres – qui vont avoir à être mis au travail, dans une temporalité qui est de l’ordre de l’intime.

Il me semble que, parmi nous, il y a des tas d’analystes désireux de participer à la construction d’un collectif et découragés par l’immense difficulté de cette entreprise (voir l’histoire des conflits en psychanalyse…).

Prendre le temps de réfléchir à ces questions n’est pas s’éloigner de la formation des analystes, même installés en libéral. Ils sont de toutes les façons aux prises avec ces questions auprès de ceux qui viennent les voir et travaillent dans un monde où les rapports humains sont extrêmement complexes et tendus. Recueillir les questionnements et avancées de ceux qui ont pu, dans certaines institutions, dépasser les souffrances institutionnelles peut nous aider pour avancer dans l’humanisation des rapports entre analystes, même si cela a semblé, jusqu’à aujourd’hui, irréalisable. Le propre de l’humain, face aux nombreuses difficultés de l’existence, n’est-il pas de s’aider de la pensée pour dépasser ce qui, dans un premier temps, paraît impossible à accomplir ?

Nathalie BATAILLON

*

C’est en préparant la soirée débat à propos de l’École de la Neuville, qu’avec Nathalie nous avons commencé à échanger au sujet du livre de Didier Robin : « Dépasser les souffrances institutionnelles ». Le mandat d’une institution, qu’elle soit éducative ou soignante, c’est de : « relancer l’humanisation (et la symbolisation qui est son agent) là où elle est restée en souffrance. Et elle doit la relancer en mobilisant les ressorts de l’intersubjectivité ». Comment l’humanisation pourrait-elle ne concerner que les patients (ou les enfants pour l’institution éducative) ?

Didier Robin dénonce le mythe de l’autorégulation, et il fait aussi apparaître le mythe et le leurre du consensus, de l’idée que tout le monde a la même vision des choses, concernant un patient par exemple, au sein d’une équipe soignante.

« Un fonctionnement d’équipe qui n’est pas structuré suffisamment bien, aussi bien au niveau horizontal que vertical, se voit envahi par diverses formes de violences qui causent d’intenses souffrances. » Et sans structuration, les enjeux rivalitaires explosent, nous dit-il.

Dans son chapitre conclusif, face au modèle managérial, Didier Robin propose la constitution d’un collectif, « ce que Jean Oury appelle « le collectif » qui se traduit par le transdisciplinaire, la transversalité. [...]. C’est un modèle qui propose la pratique du débat à partir du lien : le contact et le conflit. » Quelles pratiques concrètes peut-on mettre en œuvre avec ce modèle ? Comment conflictualiser ? Dans quelle situation faut-il recourir à un tiers externe plutôt qu’interne ? Didier Robin s’appuie en effet sur sa pratique de superviseur pour décrire les souffrances institutionnelles rencontrées.

Voilà quelques unes des questions sur lesquelles j’aimerais que notre invité s’attarde...

Marie-Paule CHARDON

*

Le livre de Didier Robin est un ouvrage précieux pour tous ceux qui travaillent dans les institutions.

S’appuyant sur des concepts psychanalytiques, toujours étayés par la pratique, il analyse en profondeur les conditions d’un travail collectif satisfaisant, ou à l’inverse d’une souffrance qui rejaillira sur les praticiens comme sur les usagers.

Il poursuit la démarche freudienne qui relie la psychologie individuelle à la psychologie sociale, et associe « l’institution psychique », avec ses nécessités d’intersubjectivité et d’extimité, à l’institution sociale.

Il nous apporte une relecture de l’œuvre d’Imre Hermann sur le cramponnement, donc sur la question de la sécurité et du lien, puis de Szondi et Schotte sur celle du contact. Il souligne l’attention aux phénomènes de transferts dans les groupes, et particulièrement dans la réponse aux transferts dissociés des patients psychotiques. Enfin, il conclut sur ce qui fondera les conditions des processus collectifs de symbolisation.

Nous souhaitons également faire de cette discussion l’occasion d’une « disputatio » au sens le plus positif et fécond du terme :

- Dans une période où la psychothérapie institutionnelle envahit le champ des sociétés analytiques, comment concilier cette dimension collective avec le colloque singulier de la psychanalyse ?

- Peut-on confronter psychothérapie institutionnelle, qui centre sur l’institution, et désaliénisme, qui cherche à s’en extérioriser, deux mouvements nés du même lieu de résistance à l’hôpital de Saint-Alban, et qui ont choisi des voies radicalement différentes ?

- Peut-on confronter une perspective associative à une perspective institutionnelle ? Cette réflexion peut aussi s’étendre aux associations psychanalytiques, en ce qu’elles ont, volontairement ou à leur corps défendant, de structure et de fonctionnement institutionnels. Les psychanalystes n’échappent pas aux difficultés de tous les groupes humains, et, comme l’écrit Didier Robin : « Nous avons appris à travailler avec les patients, nous n’avons pas appris à travailler avec les collègues. »

Et c’est aussi, comme le souligne Nathalie Bataillon, l’enjeu de pouvoir aborder pour chaque analysant les questions de ses rapports au collectif.

Jean-Pierre BOULEAU



[Article mis à jour le 14 novembre 2014)

Note

samedi 29 novembre 2014 de 14 h 30 à 17 h 30

à la Faculté de Théologie Protestante, 83 boulevard Arago, 75014 Paris

Métro : Glacière, Denfert-Rochereau ou Les Gobelins