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28 janvier 2014 : soirée-débat avec projection du film « Françoise Dolto et l’École de la Neuville »


SOIRÉE-DÉBAT le mardi 28 janvier 2014 à 20 h 00

à la Faculté de Théologie Protestante, 83 boulevard Arago, 75014 Paris

(Métro : Glacière, Denfert-Rochereau ou Les Gobelins)

Projection du film « Françoise DOLTO et l’École de la Neuville » de Fabienne d’Ortoli et Michel Amram

En présence de Fabienne d’Ortoli et de Michel Amram.

Françoise Dolto s’est intéressée toute sa vie au développement des enfants, au rôle moteur que l’école pouvait, dans les cas favorables, avoir pour soutenir la croissance psychique. Elle a, dès ses débuts, soutenu le projet de Fabienne d’Ortoli, Michel Amram et Pascal Lemaître de faire l’école autrement, à partir des connaissances dues aux avancées psychanalytiques et au remarquable travail de Fernand Oury sur la pédagogie.

Le film «  Françoise Dolto et l’École de la Neuville » témoigne de la collaboration fructueuse que les fondateurs de l’école ont eue avec Françoise Dolto, de 1973 jusqu’à sa mort. On a accès là à un pan du travail de Françoise Dolto moins connu.

L’École de la Neuville est un lieu de vie, un internat de semaine, en Seine et Marne où vivent ensemble une quarantaine d’enfants et une dizaine d’adultes. C’est ce vivre ensemble qui est travaillé là-bas.

C’est un lieu où on soigne le milieu (Makarenko, Fernand Oury). Ce milieu éducatif ce sont des institutions (des lieux de parole et de décision), des outils, des moyens mis au point dans le but de permettre l’apprentissage mais aussi la réflexion et une ambiance qui tient de la tradition, de la transmission des us et coutumes et de ces savoir-faire (Fabienne d’Ortoli et Michel Amram).

Voilà comment le caractérise Jacques Pain : des lieux, des limites, des lois, un langage. « La Neuville est une société à dimension humaine où on partage le pouvoir et la parole, où on fait en commun les règles, les lois et où les grandes lois de l’humanité restent intangibles.

C’est une société où on repère parfaitement ce qui tient de l’adulte et ce qui tient de l’enfant, ce qui tient de l’apprentissage et ce qui tient du grandir. Avec des lieux en commun, des limites bien repérées, des lois partagées, on peut construire un langage à dimension humaine, un langage à dimension symbolique, un langage qui construit de l’espèce humaine. »

C’est aussi une école et comme le dit Michel Plon, « contrôleur » de l’École : « C’est un lieu où il y a de l’école mais ce n’est pas qu’une école, au sens classique du mot école. C’est encore mieux si on peut apprendre dans un contexte de vie et pas uniquement de contrainte.

Un contexte de vie c’est un contexte où on peut faire des choses, des activités manuelles, des activités artistiques, où on peut aussi bien découvrir la nature que la société sous tous ses aspects, à travers le cinéma, le théâtre et la musique. À ce moment-là l’école s’intègre dans un mouvement vital et non pas comme ce que Fernand Oury appelait l’école-caserne, c’est-à-dire « un lieu de contrainte, d’uniformisation, de règles et uniquement de règles. […] Françoise Dolto disait que ce n’est pas aux enfants de s’adapter à l’école mais à l’école de s’adapter aux enfants. Or le propre de la Neuville, c’est d’essayer de s’adapter aux enfants au maximum. Qu’est-ce que ça veut dire ? Cela signifie d’abord repérer les points forts d’un enfant. Ceux où il excelle, ceux où il prend du plaisir, où il parvient à se réaliser. Repérer ces points d’investissement de son désir et le laisser s’épanouir autour de ces points. Et ensuite que tout ce qui est du domaine de l’inhibition, mathématiques, lecture, etc., l’enfant puisse les aborder en confiance et non pas à travers les rais de son inhibition. »

À la Neuville, chaque enfant a sa place, la parole de chaque enfant c’est du sérieux et ça compte. Ceci est un appui fondamental pour grandir. Ça travaille la séparation, « la solitude peuplée » dans la séparation, comme dit Caroline Eliacheff. L’expérience de ce collectif ouvre d’autres voies pour des enfants qui, dans un premier temps, ne peuvent plus faire confiance dans une relation duelle. Il est frappant de constater, pour les enfants présentant moins de difficultés apparentes, l’immense potentiel humain qu’ouvre cet apprentissage. Chemin faisant, on s’aperçoit que plaisir d’apprendre et désir de vivre sont inséparables…

L’École de la Neuville est un des lieux les plus éloignés du totalitarisme qui existe aujourd’hui, disait récemment François Jacquet-Francillon, professeur en sciences de l’éducation. Les façons de faire y sont constamment questionnées et remaniées, afin que l’instituant ne devienne pas mortifère en se figeant. C’est ce qui fait qu’entre autres, la pédagogie de l’école de la Neuville a cette singularité d’être toujours en train de se faire. C’est un de ces lieux où «  le pari institutionnel du collectif soutient le travail de la subjectivation, alors que l’individualisme effréné conduit à la désolation. La dé-sol-ation, dans son sens étymologique que développe Hannah Arendt, est en effet la perte de ce qui fait sol commun »*.

À l’heure où, pour reprendre le mot de Mireille Cifali, de plus en plus d’enfants sont obligés de se construire avec des adultes qui se sont désertés, la connaissance du travail d’humanisation effectué à l’École de la Neuville nous semble importante.

Nathalie BATAILLON et Marie-Paule CHARDON

* Didier Robin : « Dépasser les souffrances institutionnelles » PUF 2013

Participation aux frais de location de la salle : 10 €



[Article mis à jour le 13 janvier 2014)