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16 février 2016 : Séminaire Clinique de Dostoïevski - Axe adolescence


NOUS SOMMES PARTICULIÈREMENT HEUREUX D’ACCUEILLIR DIDIER COHEN-SALMON

Deux situations cliniques exemplaires :
- la difficulté d’entrer dans l’adolescence
- la précipitation dans la vie adulte

"Ma vie professionnelle n’a pas été, loin s’en faut et jusqu’à une date relativement récente, celle d’un psychanalyste. C’est en tant que médecin hospitalier (anesthésie-réanimation) confronté un peu par hasard à la médecine de l’enfant que j’ai perçu la possibilité d’agir pour l’humanisation du soin, pour la prise en considération de la douleur, pour la prise en compte de la personne de l’enfant et le maintien des liens. La chance aidant, avec les rencontres favorables, j’ai pu jouer un rôle dans quelques changements concrets.

Je réalise mieux à présent que ces changements avaient été rendus possibles car supportés par une modification du cadre de pensée collectif dans lequel s’organisait le soin. C’est ce qui a permis de poser sans trop d’angoisse les actes nécessaires. A son tour le changement d’environnement autorisait d’autres représentations. Nous entrions dans un cycle qui s’apparentait beaucoup à un jeu partagé, avec sa dimension de plaisir, mais incluant aussi la conviction, confirmée dans la réalité, d’agir sur les choses.

Devenu psychanalyste, notamment d’adolescent(e)s, je ne vois dans ce changement aucune rupture mais un changement de signe : il s’agit maintenant d’individus singuliers et non de collectifs, d’espaces psychiques et non plus de lieux concrets. Les outils sont spécifiques. Le prévu et l’imprévisible ont échangé leurs places. En matière d’anesthésie les choses sont relativement prévisibles et il vaut mieux qu’elles le soient, parce que quand survient un événement qui échappe au plan, c’est presque toujours de l’indésirable, et parfois du catastrophique. A l’inverse en analyse le moment où quelque chose bouge ne se prescrit pas. Moi qui maniais tant d’armes thérapeutiques efficaces, qui pouvais prescrire, ordonner, je découvre que l’on ne commande pas à l’inconscient. Expérience de l’abandon de la maîtrise, de l’impuissance et de son pouvoir créateur.

Comment faire pour que ce qui a été ne se reproduise pas indéfiniment ? Cette question qui avait le visage de la routine sans pensée, du « on-a-toujours-fait-ainsi-et-on-continuera », devient aujourd’hui, pour le patient adolescent, l’enjeu de changer tout en restant soi-même. Même si l’adolescence n’est pas une maladie on retrouve dans l’une et l’autre situation le poids du biologique qui impose son programme. Sans oublier que le changement adolescent doit s’inscrire psychiquement mais aussi socialement. Le fait que la plupart y arrivent, avec ou sans notre aide, ne signifie pas que tout cela est facile !

Je voudrais illustrer, à partir de ma pratique clinique, deux situations qui se situeraient aux deux extrémités du spectre.

La première est la difficulté à entrer dans l’adolescence, à remodeler les identifications, à se séparer des parents mais aussi d’une partie de soi-même sans que le sentiment d’abandonner l’enfance ne soit trop insupportable. La force des projections parentales m’a semblé jouer un rôle majeur dans ces situations. Mais en matière d’adolescence le travail conjoint avec les parents pose des problèmes spécifiques.

Du côté de la deuxième partie de l’adolescence j’ai été aussi confronté à de jeunes patients qui me donnaient la sensation d’une ruée en catastrophe hors de l’adolescence, vers une vie de jeune adulte dont il fallait d’urgence acquérir tous les marqueurs sociaux, avec le risque de s’isoler du groupe des pairs. Dans ces situations c’est la reprise de contact obligée avec les expériences prégénitales qui se révélait problématique. Cela ne manque pas de poser des problèmes pratiques, puisqu’à un moment donné la scène du transfert, avec sa dimension d’intimité et de dépendance, devient précisément ce qu’il faut fuir. On est conduit à se poser la question : que veut l’adolescent(e) qui vient nous voir ? "

Didier Cohen-Salmon



[Article mis à jour le 10 février 2016)

Note

18 rue de Varenne 75007 Paris

Le séminaire commence à 20 h 30 précises